Chine-Bénin : Moderniser sans déraciner, le pari d’un pont culturel*
_À Cotonou, au Centre culturel chinois, une étudiante béninoise trace des idéogrammes au pinceau. À quelques mètres, un artiste de Xi’an découvre une sculpture vodun. Pas de traducteur. Pas de discours. Juste deux civilisations qui se regardent. Pendant longtemps, on a raconté la Chine par ses trains à grande vitesse et ses métropoles. Moi, je veux la raconter autrement. Par ce qu’elle n’a pas perdu en devenant moderne : son âme. Et si c’était là, la vraie leçon pour le Bénin ? Moderniser sans déraciner._
*LE MIROIR CHINOIS*
En Chine, la modernité ne tue pas la tradition. Elle la réinvente.
À Shanghai, on paie en QR code devant un temple millénaire. À Xi’an, ancienne capitale de la Route de la Soie, la réalité virtuelle fait visiter les guerriers en terre cuite aux écoliers. La calligraphie est enseignée à l’école. Le Nouvel An lunaire bloque tout le pays.
Le patrimoine n’est pas mis sous cloche. Il est numérisé, scénarisé, exporté. Il devient économie, fierté, soft power.
C’est cette alchimie qui m’interpelle. Car le Bénin vit le même dilemme : comment courir vers l’avenir sans laisser nos palais d’Abomey, nos langues, nos danses et notre vodun sur le bord de la route ?
*COTONOU À L’HEURE DE PÉKIN*
La réponse a commencé à Cotonou.
Depuis l’accord culturel de 1984 et l’ouverture de l’un des premiers Centres culturels chinois en Afrique, quelque chose bouge. L’Institut Confucius d’Abomey-Calavi et la Classe Confucius de Parakou forment chaque année des centaines de jeunes au mandarin.
Mais le plus fort est arrivé en juillet 2025. Le patrimoine de Xi’an a débarqué à Cotonou. Pendant une semaine, des étudiants béninois ont défilé en hanfu. Le public a goûté aux spécialités de Xi’an, assisté à des extraits d’opéra Qin, et visité des sites chinois en réalité virtuelle, sans quitter le Bénin.
Un an plus tôt, en 2023, six artistes chinois et cinq artistes béninois exposaient ensemble. Peinture contre sculpture. Pas besoin de parler pour se comprendre.
Témoignage 1 - Étudiant : _"J’ai appris le mandarin. Mais j’ai surtout appris qu’on peut être moderne et fier de ses racines. La Chine me donne envie de mieux raconter le Bénin."_
*LE DÉFI BÉNINOIS*
Pourtant, le dialogue est à sens unique. La culture chinoise est visible à Cotonou. La culture béninoise l’est beaucoup moins à Pékin. Des chercheurs l’ont dit : nous consommons plus que nous n’exportons.
Voilà le prochain chantier. Le Bénin a de quoi vendre. Nos palais royaux peuvent devenir des expériences de narration historique. Nos légendes, des scénarios de films. Nos tissus, des marques de mode. Nos langues, des contenus numériques pour le monde.
La Chine nous montre le chemin : la technologie au service de la mémoire.
Témoignage 2 - Responsable culturel : _"La modernisation à la chinoise, c’est apprendre à pêcher. Ils ne nous donnent pas juste un spectacle. Ils nous montrent comment transformer notre patrimoine en produit du 21e siècle."_
En 2019 déjà, le Bénin sollicitait l’expertise chinoise pour restaurer ses biens culturels. Il faut aller plus loin : des résidences croisées d’artistes, des coproductions cinéma, des plateformes numériques bilingues.
Une route s’use. Une usine peut fermer. Mais un pont culturel, lui, reste. Mon regard sur la "modernisation à la chinoise" est simple : ce n’est pas un modèle à copier. C’est une méthode à adapter. Nous pouvons apprendre de la Chine sans devenir la Chine. Utiliser le numérique sans perdre nos griots. Accueillir la modernité sans laisser notre identité à la porte.
Le plus grand projet sino-béninois des 10 prochaines années ne sera peut-être pas en béton. Il sera dans la tête d’un jeune de Parakou qui, après avoir appris le mandarin, décidera de filmer un rituel vodun pour le montrer à Xi’an. Parce qu’au final, les infrastructures rapprochent les villes. Le commerce rapproche les économies. Mais seule la culture rapproche les peuples.
Appolinaire M.DJOSSOU(CBR Ouémé-Plateau)
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